Mode & Maroquinerie : tendances, actualités et réflexions

Mode & Maroquinerie : tendances, actualités et réflexions

19 janvier 2026

Le marché craque d’un côté… et explose de l’autre

  • La maroquinerie française tourne à plein régime, portée par le luxe. On compte 390 entreprises, 708 établissements et environ 42 000 salariés en 2024, avec des effectifs qui ont triplé en quinze ans. Le secteur affiche 5,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires (+4%) et 13 milliards d'exportations (+2%), mais il reste composé à 70% de TPE/PME, c’est‑à‑dire des très petites et petites/moyennes entreprises.
  • Derrière cette vitrine, une réalité inquiète : il manque des bras, et vite. La filière dit avoir besoin de recruter 4 000 à 5 000 personnes chaque année, sinon la machine peut se gripper. Et pour casser les clichés, elle pousse une promotion plus directe des métiers, y compris via TikTok, Snapchat et Meta.
  • Le prêt‑à‑porter et la distribution envoient un signal beaucoup moins rassurant. Les ventes textiles‑habillement reculent (-1,7% en 2025) et les fermetures ou restructurations se multiplient, jusque dans des centres logistiques et des grands magasins en difficulté. Même le luxe, qui reste l’oxygène du secteur, subit des tensions macro comme les droits de douane et les changes, sur fond de difficultés de distributeurs en 2026.

Les tendances qui reviennent… et celles qui renversent tout

  • “Following Dynamics” impose des silhouettes aériennes, des plis techniques et une fluidité maîtrisée. Ici, le “hasard” est calculé, avec une vraie part de technicité dans les coupes pour créer du mouvement. Résultat : une mode qui a l’air simple, mais qui demande un savoir‑faire précis.
  • “Abstracting Reductionism” pousse un minimalisme radical, très géométrique, avec une palette neutre réveillée par des couleurs franches. C’est le “quiet luxury”, c’est‑à‑dire un luxe discret qui mise sur la qualité et la ligne, pas sur l’effet logo. Le message est clair : moins de bruit, plus d’allure.
  • “Liberating Conventions” recycle les codes et mélange les pièces, comme un sweatshirt avec une robe de soirée, déjà vus chez Chanel, Bottega Veneta et Balenciaga. En parallèle, “Making Sense” remet l’artisanat au premier plan, avec perles, broderies et petites imperfections assumées, comme une réponse à l’IA, l’intelligence artificielle. Côté sacs, les it‑bags restent là, mais l’attention glisse vers des signatures quiet et artisanales, avec Polène, Savette, By Far, Jacquemus et Coach comme repères.

IA, production, durable : ce qui se joue maintenant (et personne ne peut l’ignorer)

  • Les innovations s’attaquent à tout ce que vous ne voyez pas quand vous achetez. L’IA et le Big Data, c’est‑à‑dire l’analyse de grands volumes de données, servent à prévoir les produits et à réduire les invendus, avec des guides tendances et des sélections générés par IA annoncés pour Micam. En parallèle, le retour du hardware wearables, des objets connectés à porter comme des pendentifs ou des broches, promet des interactions sans écran qui changent la façon de “porter” la tech.
  • La production se réorganise sous pression, et ça peut basculer vite. Le prototypage, c’est‑à‑dire la création de prototypes avant la fabrication, se renforce localement avec un atelier‑showroom à Aubervilliers, tandis qu’une logique de hubs d’ateliers et de prises de participation vise le “made in France” et la formation. Mais l’autre mouvement existe aussi : des transferts de postes vers la Thaïlande envisagés chez Bernina, signe que les taux de change et la compétitivité peuvent pousser à la délocalisation.
  • Le durable devient une bataille de règles, de logistique et d’image. L’exécutif propose trois scénarios pour la collecte textile et demande à Refashion des propositions, tandis qu’un malus financier ciblant l’ultra fast fashion est envisagé, un mécanisme qui pénalise certains modèles par un coût supplémentaire. Sur le terrain, l’économie circulaire avance via des systèmes automatisés de collecte et des conteneurs intelligents testés en Espagne et en Finlande, pendant que des coalitions et salons spécialisés structurent l’offre, avec ANIMER, INNATEX et Playtime “Made With Love” en première ligne.

Sources: