Montres & Joaillerie : tendances, actualités et réflexions
Montres & Joaillerie : tendances, actualités et réflexions
1 avril 2026
Le vernis se fissure
- Le marché de la haute joaillerie ne suit plus une ligne claire. Des ventes résistent, parfois même repartent grâce à de nouveaux circuits, et certaines poches de commerce avancent encore. Mais derrière les vitrines qui brillent, la filière subit la hausse des matières premières et une fragilité qui peut casser très vite la machine.
- L’Atelier de l’Eyrieux en donne la preuve la plus brutale. Placé en redressement judiciaire, une procédure qui tente de sauver une entreprise en crise, ce fabricant historique a vu son activité chuter de 30 % depuis 2019. Malgré des diversifications vers le luxe, l’or et l’argent ont augmenté, ce qui a comprimé les marges jusqu’à rendre la situation intenable.
- Cela ne veut pas dire que le désir a disparu. La demande existe encore, mais elle se fragmente selon le prix, le canal de vente et la capacité à créer un récit fort autour du bijou. Aujourd’hui, vendre du carat ne suffit plus: il faut aussi vendre une histoire, une émotion et une expérience, pendant que l’ostentation seule perd du terrain.
Les ventes changent de camp
- Les grandes maisons gardent une longueur d’avance parce qu’elles occupent la scène en continu. Une collection n’est plus seulement montrée, elle est racontée à travers la culture, des collaborations et un héritage mis en avant, souvent amplifiés par la presse spécialisée. En face, les patrons d’ateliers et les créateurs artisanaux redeviennent stratégiques, car leur percée ou leur survie dit ce qui marche vraiment.
- Le choc vient aussi du bas prix, et il est déjà visible. Sur Temu, une marketplace, c’est-à-dire une grande plateforme de vente en ligne, Éric Pacifico d’A Bijoux a relancé ses ventes avec une collection plus abordable et une audience massive. Les paniers moyens restent très bas, mais le volume change tout et force les marques à revoir prix, design et logistique.
- Dans le même temps, la rareté revient par un autre chemin. La provenance singulière séduit, avec le retour d’une joaillerie locale portée par des petites séries, un ancrage territorial fort et parfois un impact très faible, comme le diamant de Vendée. Ce mouvement valorise la mémoire des lieux, le travail de proximité et une authenticité plus concrète.
Le virage est déjà là
- La prochaine secousse ne vient pas seulement du style. Les bijoux connectés, c’est-à-dire liés à des services numériques, ouvrent des pistes nouvelles pour enrichir l’expérience client, suivre un produit et imaginer des services associés. En parallèle, des designers testent aussi des mélanges de métaux et le travail de pierres locales pour sortir des recettes classiques et réduire la dépendance aux filières habituelles.
- La production, elle, se joue désormais sur deux vitesses. D’un côté, des ateliers artisanaux restent indispensables mais vivent sous tension, parfois sans réussir à retrouver des relais après la reprise post-pandémie; de l’autre, les marques qui performent en ligne s’appuient sur des organisations plus flexibles pour suivre la demande. Elles ajustent vite les séries, délèguent une partie de la logistique et se préparent à des volumes très différents.
- La traçabilité, c’est la capacité à suivre l’origine d’un bijou, devient presque aussi importante que son éclat. La collecte locale à la surface, sans creusement, réduit l’impact minier et renforce le récit du produit, pendant que l’éco-luxe et l’éthique gagnent du poids. Sous pression sur les coûts, le secteur avance vers des modèles hybrides avec matières alternatives, séries accessibles et transparence accrue.


