Perspectives

Perspectives

3 août 2026

Le luxe repart, mais pas partout

  • Le marché du luxe montre une vraie reprise au second trimestre 2026. LVMH publie des résultats semestriels supérieurs aux attentes, grâce au retour des vins et spiritueux et à la très forte dynamique des montres et de la joaillerie. Les marchés américains et japonais poussent fort, pendant que certaines boutiques d’exception en Asie relancent l’envie.
  • La haute joaillerie et l’horlogerie sont les grands gagnants du moment. La division montres et joaillerie de LVMH progresse de +9 % en comparable, c’est-à-dire à périmètre identique, portée par Tiffany & Co. et Bvlgari. Les foires comme Watches&Wonders accélèrent encore le mouvement, car le public réagit très vite aux nouveautés.
  • La mode et la maroquinerie ne sont pas sorties d’affaire, mais le signal change. La croissance organique, c’est la progression de l’activité réelle sans effet d’achat d’entreprise, redevient positive après plusieurs trimestres de recul. Le marché américain aide, les premières créations de Jonathan Anderson chez Dior réveillent le désir, mais les soldes et la canicule freinent encore l’habillement courant.

Les clients ne veulent plus du simple beau

  • En architecture d’intérieur, le luxe ne vend plus seulement des objets. Il vend une histoire locale, avec des lieux pensés comme des club-house ancrés dans leur territoire, où le lobby, le restaurant, les chambres et le spa racontent un même récit. Dorothée Delaye, ASA Gimbert, Pierre Frey et Élitis incarnent cette montée du sur-mesure, avec des pièces créées pour un seul lieu et impossibles à réutiliser ailleurs.
  • Dans l’hôtellerie de luxe, la différence se joue dans l’expérience complète. Les nouvelles adresses misent sur du lieu-dédié : mobilier dessiné sur place, textures locales, bar fréquenté aussi par les habitants, restaurant thématique et spa narratif. Pour y arriver, les architectes d’intérieur, les ateliers de production et les éditeurs travaillent ensemble très tôt, afin de fabriquer des pièces exclusives et protéger la singularité du lieu.
  • La haute gastronomie suit la même logique. Elle mise sur l’immersion, avec des lieux signés par des chefs dans des contextes culturels, et une alliance plus forte entre cuisine, design et arts de la table. Michel et Sébastien Bras, comme Germain Bourré, montrent une tendance claire : revenir à l’héritage, à la saisonnalité et au produit durable plutôt qu’à l’effet de mode.

La révolution cachée qui change déjà tout

  • Les innovations du luxe ne sont plus seulement visibles dans la vitrine. Elles touchent les matériaux, la fabrication et la vente, avec le silicium en horlogerie, un matériau technique apprécié pour sa précision, mais aussi le titane, les céramiques et les mélanges comme platine et or jaune. Même les salons changent, avec des formats “physical + digital”, c’est-à-dire une présence à la fois sur place et en ligne pour vendre avant la fin de l’événement.
  • Dans le design, les textiles et l’ameublement, la transformation est tout aussi forte. L’hybridation entre industrie et artisanat devient la nouvelle méthode, pendant que les marques misent sur des matériaux géo-sourcés, le réemploi de chutes et des textiles recyclables ou réparables. Le lyocell, une fibre issue du bois, et les monomatériaux facilitent la circularité, c’est-à-dire la possibilité de réutiliser, réparer et mieux recycler, tandis que les passeports environnementaux rendent enfin les produits plus lisibles.
  • La durabilité n’est plus un bonus, c’est un argument central. On la voit dans le réemploi de matériaux sur chantier, dans les stands réutilisables des salons de joaillerie, dans les circuits courts et les économies d’eau en gastronomie, mais aussi dans la transmission des savoir-faire. Philippe Starck pousse les matériaux intelligents et durables, tandis que l’Hermès Académie des savoir-faire rappelle une vérité simple : sans formation, pas de réparabilité, et sans réparabilité, le luxe perd une partie de sa promesse.

Sources:

  • [CHALLENGES]
  • [LESECHOS]
  • [INTRAMUROS] - Relevance: 38%–31% (articles cités: "Portraits", "CORA/Salone", "Watches&Wonders", "Carita", "Kvadrat", "Hermès Académie", "Elise Fouin", "Germain Bourré" et autres)