Perspectives
Perspectives
5 octobre 2026
Le design met tout le luxe sous tension
- Le marché du design et de l’architecture d’intérieur est en pleine accélération. Entre salons, prix et rétrospectives, le calendrier est dense et les commandes se multiplient pour les agences et les éditeurs. Ce qui fait la différence aujourd’hui, ce n’est plus seulement la forme, c’est le récit qu’un objet ou un lieu arrive à porter.
- Une tendance prend de plus en plus de place : le New Craft. Ce terme désigne le mélange entre artisanat et outils numériques, comme l’impression 3D, une fabrication couche par couche qui permet de créer des formes inédites. Des créateurs comme Faye Toogood, Philippe Malouin, Elliott Barnes ou Jean-Baptiste Fastrez poussent cette logique, avec des pièces où la technique ne gomme plus les imperfections, mais les transforme en valeur.
- Les matières aussi changent la donne, et cela peut tout bouleverser. Le cuir tanné végétal, c’est un cuir travaillé avec des substances d’origine végétale, le bois vieilli, la laine naturelle et les fibres locales imposent une patine recherchée, celle du temps qui passe. En parallèle, le réemploi, c’est-à-dire la réutilisation d’éléments existants, et la modularité, donc des systèmes démontables et réutilisables, deviennent des arguments très forts dans la production comme dans la diffusion.
Les hôtels vendent bien plus qu’une chambre
- Dans l’hôtellerie de luxe, la simple belle adresse ne suffit plus. Les projets misent désormais sur la rénovation patrimoniale, la transformation de bâtiments existants et les lieux hybrides qui mélangent hôtel, bureaux, restauration et programmation culturelle. Des projets comme La Fondation ou le Château de Cîteaux montrent qu’un lieu doit désormais raconter une histoire locale pour capter l’attention et justifier sa montée en gamme.
- L’expérience se joue dans chaque détail, et la scénographie y devient centrale. La scénographie, c’est la mise en scène du lieu, comme si l’on construisait un décor vivant autour du client. Jean-Philippe Nuel, Roman & Williams et des opérateurs comme Fontenille Collection s’imposent dans cette approche où les matériaux, les artisans locaux et le patrimoine deviennent presque aussi importants que le service lui-même.
- La haute gastronomie suit exactement cette bascule. Elle ne vit plus seulement pour elle-même : elle est intégrée au parcours hôtelier et culturel, avec des chefs comme Christophe Vauthier ou Thomas Rossi qui renforcent l’attractivité d’un lieu. Le terroir, la cave et la sommellerie, c’est-à-dire l’art du vin à table, deviennent de vrais moteurs d’expérience, tout en poussant un approvisionnement plus local et des chaînes plus courtes.
La matière devient l’arme secrète
- Dans la mode et la maroquinerie, le signal est clair : les matières qui vieillissent bien prennent le pouvoir. Le cuir au tannage végétal, les surfaces patinées et les matériaux naturels séduisent parce qu’ils donnent une impression de durée, d’unicité et de vérité. Hender Scheme incarne bien cette bascule en réinterprétant le cuir et l’artisanat avec des procédés qui mêlent tradition et technologie.
- Derrière cette évolution visible, il y a un changement plus discret mais décisif : le retour des filières locales. Le teillage du lin, c’est l’étape qui sépare la fibre de la plante pour la rendre exploitable dans le textile, et son développement montre que la chaîne de valeur se renforce. L’agrandissement du site de La Calira et la modernisation du site de Meca Glass signalent des investissements concrets au service du textile et du flaconnage de luxe.
- Ce qui se joue ici dépasse la mode seule. Le luxe avance vers une production plus hybride, où l’usinage de précision, les petites séries artisanales, les matériaux circulaires comme le papier à base de peaux de raisin ou les composites issus de drêches et de coquillages redessinent le produit. La vraie urgence est là : raconter mieux, produire plus localement et prouver un impact plus durable, sinon le marché risque de passer à autre chose très vite.


